ÉVISCÉRATION

Les auteurs de Agonies sont de retour.
Reynolds, Gélinas, Lafrance.

Quand le mal de vivre rencontre l’art.
Quand un hors-la-loi découvre l’indicible.
Quand l’esprit d’un monstre est un terrain de jeu.

Écorché



Tel que vu dans...

Trois histoires d'horreur à saveur gore

RYDIA AVEC UN « L »
Jonathan Reynolds

Il sculpte l’argile pour oublier le monde. Elle se costume pour fuir la vie. Tous deux ont la même passion, un personnage de jeu vidéo tout en pixels. Un jour, Rydia s’incarnera.

LA FRONTIÈRE DORÉE
Ariane Gélinas

Un cavalier au lourd passé découvre un village dans le désert. Sur place, personne pour l’accueillir, seulement des cadavres couverts de poussière d’or. Et si ce massacre cachait un secret pire encore?

CE N'EST PAS UN CONTE DE FÉES
Pierre-Luc Lafrance

Comment réhabiliter un tueur? En remplaçant la mémoire de ses meurtres par des contes de fées. Ça, c’est la théorie. En pratique, ça ne finit pas toujours bien.

Pour sa quatrième livraison d'horreur, La Maison des viscères prouve de nouveau qu'il est possible d'offrir des textes d'horreur pertinents, où la réflexion sociale n'est jamais bien loin, et écrits par des auteurs de talent.


— Mathieu Arès, Solaris

Lire un extrait de Écorché


La frontière dorée, de Ariane Gélinas


Chester s’approcha du village frontalier tapi au fond de la vallée. Les sourcils plissés, l’homme s’étonna de ne voir personne dans les rues. On lui avait pourtant dit qu’il dénicherait du travail ici, la région s’étant enrichie depuis que des filons d’or y avaient été trouvés. Pourquoi ne pourrait-il pas en profiter ? Il tapota le flanc ambré de son vieux cheval avant de continuer à avancer, le dos endolori par son long voyage dans le désert. Luthan et lui avaient besoin d’accorder un répit à leurs articulations fatiguées, de se restaurer et de se reposer. Il s’installerait volontiers dans un endroit tranquille, surtout à l’approche de la saison froide. Certes, la température resterait tolérable, mais il se voyait avec bonheur en train de somnoler après une journée de travail, au coin d’un âtre, une bouteille de whisky près de ses bottes… Cette fois-ci, il se forgerait une réputation honnête et gagnerait honorablement ses pièces d’or. Il était temps de tirer un trait sur son passé criminel.

Un mouvement sur la droite attira l’attention de Chester. Aux aguets, il repéra un jeune homme vêtu d’une veste de mouton renversé et de jambières en cuir. Le fuyard louvoyait entre des obstacles invisibles, des cailloux roulant sous ses bottes. Quelques plumes chutèrent du bandeau qui maintenait en place sa chevelure anthracite. Il s’immobilisa brusquement devant Chester, surpris par sa carnation d’albinos. Le cavalier en avait à ce point l’habitude qu’il ne s’en offusquait plus…

Le fugitif se ressaisit et cria d’une voix saccadée :

— Partez d’ici, ils arrivent ! Ils ont envahi le village !

Sans un mot de plus, le jeune homme recommença à courir. Il disparut bientôt derrière un rocher dynamité. Perplexe, Chester posa sa main sur l’un des deux colts de son ceinturon. Son regard balaya la vallée. Il pourrait toujours s’enfuir si l’illuminé avait dit vrai. Sans doute n’était-ce qu’un fou inoffensif comme il y en a dans chaque village. Mais le cavalier hésitait : il avait vu nombre de phénomènes inexplicables au cours des derniers jours, comme ces lueurs clignotantes dans le ciel, ces empreintes circulaires sur les dunes des plaines ou encore cette odeur de roussi qui surgissait parfois de nulle 
part.

Les sabots de son cheval heurtèrent le chemin poussiéreux. Ils approchèrent du cimetière situé en aval du village. De nombreuses croix renversées avaient chu sur le côté, tendues à la manière d’un arc rompu. Suspicieux, Chester scruta le sol en s’attardant sur plusieurs trous dans la terre. Le sol de la nécropole, retourné de part et d’autre comme si quelqu’un avait cherché à en exhumer les cadavres, était criblé de cavités sanglantes.
 



Les trois textes d'Écorché démontrent bien que la nature profonde de certaines personnes, forgée par la souffrance de lésions irréparables, ne peut être modifiée.

— Anne-Marie Bouthillier, Clair/Obscur